La forêt comestible

La vie du sol

27/12/2020

Lorsqu’on parle de vie du sol, le premier être vivant qui nous vient à l’esprit est souvent le ver de terre. Et c’est plutôt justifié puisqu’il représenterait 200 millions de tonnes de biomasse sur les 2,3 milliards de tonnes que constitue la biomasse animale sur Terre. En d’autres termes, les vers de terre représentent plus de 8% du poids des animaux sur Terre !

Cela dit, il ne faut pas oublier que les animaux ne sont pas les seuls à occuper le sol et sont même minoritaires : champignons et bactéries sont très présents dans un sol vivant. Quelques chiffres là encore : dans 1g de terre végétalisée se trouveraient entre 100 millions et 1 milliards de bactéries et selon certaines sources près de 4km d’hyphes ! (Les hyphes sont les filaments sous-terrains qui constituent l’appareil végétatif des champignons : en réalité, ce que l’on appelle communément un champignon (avec un pied et un chapeau) n’est que l’appareil reproductif du champignon et n’est donc que la partie émergée de l’iceberg.)

Les vers de terre

Revenons aux vers de terre.

Il y d’abord les vers endogés : ils creusent des galeries horizontales sous terre et ils ne sont donc jamais visibles (à moins de retourner la terre !). Puisqu’ils vivent relativement en profondeur, ils se nourissent logiquement de matière déjà assez décomposée.

Il y a ensuite les vers épigés, qui vivent dans les premiers centimètres de sols et qui au contraire vont donc se nourrir de matière organique relativement fraîche : ce sont ceux qu’on appelle aussi « lombricomposteurs ».

Il y a enfin les vers anéciques, qui avec leurs muscles plus puissants que les autres, peuvent creuser des galeries verticales. Ils montent en surface la nuit et entraînent la matière organique dans leurs galeries lorsqu’ils redescendent plus en profondeur. Ce sont eux qui produisent les turricules que l’on observe en grand nombre dans un sol bien vivant.

Turricules de vers anéciques, preuve d’un sol bien vivant

Les rôles de ces vers sont multiples : décomposer la matière organique, aérer le sol, faciliter l’écoulement des eaux de pluies (il a été démontré que le sol peut absorber jusqu’à 40 fois plus d’eau en présence de vers que sans ver !), déplacer/remonter les éléments nutritifs, enrichir le sol (les turricules sont riches en azote, en phosphore et en bactéries : il s’agit d’un très bon sol !)

Les bactéries

Les bactéries ont également un rôle de décomposition de matière organique. Elles savent notamment très bien décomposer la cellulose.

Elles se divisent en deux groupes : les bactéries aérobies et les bactéries anaérobies. Comme leur nom l’indique, les premières ont besoin d’air pour se développer alors que les secondes se développent au contraire majoritairement en l’absence d’air. Les bactéries utiles pour les plantes sont principalement les bactéries aérobies et c’est pour cette raison qu’elles sont plus nombreuses et que les plantes se développent donc mieux dans un sol aéré (par exemple par des vers de terre : la nature est bien faite !).

Les bactéries jouent plusieurs rôles : elles libèrent les minéraux en décomposant la matière morte, fixent l’azote atmosphérique (pour rappel, les plantes ont besoin d’azote mais ne savent pas l’utiliser sous sa forme atmosphérique mais uniquement sous forme de nitrate ou d’ammonium, cf l’article consacré aux nutriments). Elles produisent également des glus qui vont rendre le sol plus léger en agglomérant les particules du sol et en l’aérant.

À savoir également, elles sont sensibles aux conditions du milieu : à basse température ou si le sol est trop acide, leur multiplication sera grandement réduite. Ce qui explique que certaines d’entre elles s’associent à certaines plantes : les espèces fixatrices d’azote. La plante leur fournit un milieu propice et obtiennent en échange de l’azote sous une forme qu’elles savent assimiler.

Les champignons

Les champignons, comme les bactéries, sont capables de décomposer la matière organique. Un peu moins efficace que celles-ci pour décomposer la cellulose, ils ont par contre une capacité qu’elles n’ont pas : décomposer la lignine, le constituant du bois. Par ailleurs, contrairement aux bactéries, ils se développent mieux dans les sols acides et à basses températures.

Les champignons ont droit, eux aussi, à leurs différentes catégories :

Un coprin chevelu, décomposeur secondaire

Parlons plus longuement des champignons mycorhiziens. Ils forment une symbiose avec les racines des végétaux. La majorité des plantes sont mycorhizées et ce n’est pas tout récent puisque les premières plantes terrestres n’avaient pas de racines et vivaient donc uniquement grâce aux mycorhizes !

Comme toute symbiose, il s’agit d’une relation gagnant-gagnant : la plante, en échange de matière organique qu’elle donne au champignon, va bénéficier de son réseau d’hyphes capable d’extraire l’eau et les minéraux bien mieux que ses propres racines. Certaines études montrent que les mycorhizes permettent même aux plantes de communiquer pour prévenir leurs semblables lorsqu’elles sont attaquées afin que les plantes alentours puissent se protéger !

Ainsi, les champignons ont plusieurs rôles également : décomposer la matière organique et notamment la lignine qu’ils sont les seuls à pouvoir recycler, extraire les minéraux et l’eau et partager tout ça avec les plantes et peut-être même leur permettre de communiquer entre elles ! Par ailleurs, de par leur capacité de synthèse de différentes molécules, les champignons pourraient également protéger les plantes de certains parasites.

Conclusion

J’ai parlé majoritairement des vers de terre, des bactéries et des champignons mais bien d’autres formes de vie jouent un rôle important pour le sol : la taupe et le campagnols qui creusent des galeries et qui aérent donc le sol, les fourmis qui le font également à une autre échelle, les larves d’autres insectes, les myriapodes (communément appelés mille-pattes), les acariens, les collemboles, les protozoaires, les nématodes, etc. Un sol bien traité foisonne de vie.

Nouvelles plantations et paillage au foin

21/11/2020

Nous sommes en automne et c’est donc le moment de planter arbres et arbustes. La semaine dernière, quelques nouveaux arbustes ont rejoint notre forêt comestible :

D’autres arbres ont été installés cette année à l’extérieur de la zone dédiée à la forêt gourmande (à moins que ce soit justement cette forêt qui finalement va s’installer sur tout notre terrain !). Ainsi, catalpa commun, marronnier d'Inde, châtaignier 'Marron de Lyon', gainier du Canada, 2 sureaux noirs, figuier 'Rouge de Bordeaux' et aubépine 'Big Ball' ont été plantés.

Au total, 17 plants ont donc été installés cet automne ! Cela nous amène à un total de près de 100 arbres et arbustes de 62 espèces différentes, réparties en 22 familles de végétaux : une diversité qui commence à être intéressante.

Comme expliqué dans l’article consacré au bilan de la première année du projet, ces nouveaux plants ont été "paillés" avec du foin. Le foin est un très bon paillage : bien équilibré en terme de rapport carbone/azote et il tient visiblement bien au sol (contrairement au carton qui n’a pas fait long feu et qui ne contient que du carbone !). Surtout, le foin permet de faire foisonner la vie du sol.

Nouveaux plants à l’entrée de la forêt

Et tant que j’y étais, j’en ai profité pour remplacer toutes les bâches plastiques des anciennes plantations par du foin.

Cette idée d’utiliser du foin (et non de la paille) vient de ma lecture des deux livres de Didier Helmstetter sur son "potager du paresseux". Plus que des livres sur le potager, il s’agit de vraies mines d’or pour qui veut savoir comment fonctionne un sol et comment bactéries, champignons, vers de terre et autres bestioles coopèrent avec les plantes dans un système gagnant-gagnant.

Dans le prochain article, je présenterai dans les grandes lignes le rôle des principaux hôtes d’un sol vivant.

Planning de stratification et de semis

18/10/2020

La commande de graines a bien été réceptionnée. Chaque espèce a ses particularités quant à la manière de procéder pour optimiser les chances que ses graines germent : certaines doivent être scarifiées, d’autres stratifiées, certaines ont besoin d’une stratification chaude et d’autres directement une stratification froide et enfin les durées de stratification sont propres à chaque espèce.

J’avais déjà évoqué le sujet de la stratification froide dans un précédent article : cela consiste à mettre les graines au réfrigérateur la plupart du temps dans du sable humide.

La stratification chaude, sur le même principe, consiste à mettre les graines dans du sable humide à 20°C. Elle précède généralement une stratification froide.

Certaines espèces ont besoin d’une scarification : cela consiste à fragiliser le tégument, c’est à dire la petite enveloppe qui recouvre une graine. On peut utiliser par exemple du papier de verre. La graine devient alors perméable à l’eau, ce qui facilite sa germination.

Pour nous y retrouver, nous avons donc établi un planning que voici :

Espèce Oct1 Oct2 Nov1 Nov2 Déc1 Déc2 Jan1 Jan2 Fév1 Fév2 Mar1 Mar2 Avr1 Avr2 Mai1 Mai2 Remarque
Aubépine Début de stratification froide Semis trempage 48h avant stratification
Chêne pédonculé Début de stratification froide Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Semis stratification dans sphaigne, à surveiller : semer dès germination
Églantier Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Marronnier Début de stratification froide Semis semis : à recouvrir à peine, côté blanc en haut
Noisetier Début de stratification froide Semis trempage 48h avant stratification
Prunellier Début de stratification froide Semis
Tilleul à petites feuilles Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Tilleul à grandes feuilles Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Cornouiller mâle Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Framboisier commun Début de stratification froide Semis
Charmille Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Mûrier sauvage Semis Semis
Sureau noir Semis semis extérieur
Alisier torminal Début de stratification froide Semis
Érable rouge du Japon Début de stratification froide Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Semis à surveiller : semer dès germination
Myrique à cire Début de stratification froide Semis
Rosier rugeux Début de stratification froide Semis
Airelle à feuilles étroites Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Airelle à gros fruits Début de stratification froide Semis
Arbre de Judée Début de stratification froide Semis trempage 48h avant stratification
Aulne rouge Début de stratification froide Semis trempage 24h avant stratification
Bourdaine Début de stratification froide Semis
Cornouiller de Chine Début de stratification froide Semis
Érable sycomore Début de stratification froide Semis
Troène Début de stratification froide Semis
Viorne obier Début de stratification froide Semis
Abricotier Début de stratification froide Semis
Olivier de Bohème Début de stratification froide Semis
Sapin de Fraser Début de stratification froide Semis
Théier Début de stratification froide Semis Scarification avant stratification
Sapin du Caucase Début de stratification froide Semis
Poivrier chinois Début de stratification froide Semis semis extérieur
Arbousier Début de stratification froide Semis semis sous cloche
Bouleau commun Semis semis extérieur
Faux indigo Semis trempage 24h avant semis
Aulne de Corse Semis semis extérieur, endroit humide et ombragé
Aulne glutineux Semis semis extérieur, endroit humide et ombragé
Aulne vert Semis semis dans mélange sable+tourbe
Gênet des teinturiers Semis
Grande absinthe Semis semis extérieur dans du sable fin
Lupin en arbre Semis
Mauve en arbre Semis
Caraganier de Sibérie Semis trempage 24h avant semis
Glycine de Chine Semis semis sous cloche
Tomate en arbre Semis semis sous cloche

Légende :

Icône Description
Début de stratification chaude mise en stratification chaude
Début de stratification froide mise en stratification froide
Stratification froide à surveiller stratification froide à surveiller, les graines doivent être semées dès la germination
Semis semis

Parce que nous ne souhaitions pas remplir notre réfrigérateur, les graines que nous avons récoltées ont été mises en stratification extérieure : plutôt que de les mettre au réfrigérateur, nous allons les laisser passer l’hiver dehors, dans des boîtes pour éviter qu’elles ne se fassent manger par un oiseau ou un rongeur qui passerait par là.

Mises en stratification extérieure

Plus qu’à patienter et suivre le planning pour les autres espèces !