La forêt comestible

Planning de stratification et de semis

18/10/2020

La commande de graines a bien été réceptionnée. Chaque espèce a ses particularités quant à la manière de procéder pour optimiser les chances que ses graines germent : certaines doivent être scarifiées, d’autres stratifiées, certaines ont besoin d’une stratification chaude et d’autres directement une stratification froide et enfin les durées de stratification sont propres à chaque espèce.

J’avais déjà évoqué le sujet de la stratification froide dans un précédent article : cela consiste à mettre les graines au réfrigérateur la plupart du temps dans du sable humide.

La stratification chaude, sur le même principe, consiste à mettre les graines dans du sable humide à 20°C. Elle précède généralement une stratification froide.

Certaines espèces ont besoin d’une scarification : cela consiste à fragiliser le tégument, c’est à dire la petite enveloppe qui recouvre une graine. On peut utiliser par exemple du papier de verre. La graine devient alors perméable à l’eau, ce qui facilite sa germination.

Pour nous y retrouver, nous avons donc établi un planning que voici :

Espèce Oct1 Oct2 Nov1 Nov2 Déc1 Déc2 Jan1 Jan2 Fév1 Fév2 Mar1 Mar2 Avr1 Avr2 Mai1 Mai2 Remarque
Aubépine Début de stratification froide Semis trempage 48h avant stratification
Chêne pédonculé Début de stratification froide Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Semis stratification dans sphaigne, à surveiller : semer dès germination
Églantier Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Marronnier Début de stratification froide Semis semis : à recouvrir à peine, côté blanc en haut
Noisetier Début de stratification froide Semis trempage 48h avant stratification
Prunellier Début de stratification froide Semis
Tilleul à petites feuilles Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Tilleul à grandes feuilles Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Cornouiller mâle Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Framboisier commun Début de stratification froide Semis
Charmille Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Mûrier sauvage Semis Semis
Sureau noir Semis semis extérieur
Alisier torminal Début de stratification froide Semis
Érable rouge du Japon Début de stratification froide Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Stratification froide à surveiller Semis à surveiller : semer dès germination
Myrique à cire Début de stratification froide Semis
Rosier rugeux Début de stratification froide Semis
Airelle à feuilles étroites Début de stratification chaude Début de stratification froide Semis
Airelle à gros fruits Début de stratification froide Semis
Arbre de Judée Début de stratification froide Semis trempage 48h avant stratification
Aulne rouge Début de stratification froide Semis trempage 24h avant stratification
Bourdaine Début de stratification froide Semis
Cornouiller de Chine Début de stratification froide Semis
Érable sycomore Début de stratification froide Semis
Troène Début de stratification froide Semis
Viorne obier Début de stratification froide Semis
Abricotier Début de stratification froide Semis
Olivier de Bohème Début de stratification froide Semis
Sapin de Fraser Début de stratification froide Semis
Théier Début de stratification froide Semis Scarification avant stratification
Sapin du Caucase Début de stratification froide Semis
Poivrier chinois Début de stratification froide Semis semis extérieur
Arbousier Début de stratification froide Semis semis sous cloche
Bouleau commun Semis semis extérieur
Faux indigo Semis trempage 24h avant semis
Aulne de Corse Semis semis extérieur, endroit humide et ombragé
Aulne glutineux Semis semis extérieur, endroit humide et ombragé
Aulne vert Semis semis dans mélange sable+tourbe
Gênet des teinturiers Semis
Grande absinthe Semis semis extérieur dans du sable fin
Lupin en arbre Semis
Mauve en arbre Semis
Caraganier de Sibérie Semis trempage 24h avant semis
Glycine de Chine Semis semis sous cloche
Tomate en arbre Semis semis sous cloche

Légende :

Icône Description
Début de stratification chaude mise en stratification chaude
Début de stratification froide mise en stratification froide
Stratification froide à surveiller stratification froide à surveiller, les graines doivent être semées dès la germination
Semis semis

Parce que nous ne souhaitions pas remplir notre réfrigérateur, les graines que nous avons récoltées ont été mises en stratification extérieure : plutôt que de les mettre au réfrigérateur, nous allons les laisser passer l’hiver dehors, dans des boîtes pour éviter qu’elles ne se fassent manger par un oiseau ou un rongeur qui passerait par là.

Mises en stratification extérieure

Plus qu’à patienter et suivre le planning pour les autres espèces !

Détails sur les 3000 plants

06/10/2020

Après avoir décidé de nous lancer dans ce projet ambitieux de planter 3000 arbres, l’étape suivante a consisté à choisir quelles espèces semer.

Pour commencer, comme évoqué récemment, nous avons récolté un certain nombre de graines dans la nature et dans notre jardin. Voici les plants que nous espérons obtenir de nos récoltes :

Nom commun Nom latin Quantité
Érable sycomore Acer pseudoplatanus 50
Marronnier Aesculus hippocastanum 30
Arbre de Judée Cercis siliquastrum 60
Noisetier commun Corylus avellana 50
Aubépine Crataegus monogyna 50
Chêne pédonculé Quercus robur 50
Églantier Rosa canina 70
Tilleul à grandes feuilles Tilia platyphyllos 50

Pour compléter, nous avons passé une commande chez Semences du Puy afin d’obtenir les plants suivants :

Nom commun Nom latin Quantité
Sapin de Fraser Abies fraseri 70
Sapin nordmann Abies nordmannania 30
Érable du Japon Acer palmatum 40
Aulne à feuilles en cœur Alnus cordata 50
Aulne glutineux Alnus glutinosa 50
Aulne rouge Alnus rubra 50
Aulne vert Alnus viridis 100
Faux indigo canesens Amorpha canescens 125
Arbousier Arbutus unedo 50
Grande absinthe Artemisia absinthium 100
Bouleau commun Betula pendula 125
Théier Camellia sinensis 5
Caraganier de Sibérie Caragana arborescens 80
Charme commun Carpinus betulus 50
Cornouiller de Chine Cornus kousa chinensis 20
Cornouiller mâle Cornus mas 25
Tomate en arbre Cyphomandra betacea 50
Olivier de bohème Eleagnus angustifolia 140
Gênet des teinturiers Genista tinctoria 200
Mauve en arbre Hibiscus syriacus 125
Troène commun Ligustrum vulgaris 100
Lupin en arbre Lupinus arboreus 25
Myrique à cire Myrica cerifera 100
Bourdaine Rhamnus frangula 50
Rosier rugueux Rosa rugosa 100
Rosier rugueux blanc Rosa rugosa 100
Mûrier sauvage Rubus fruticosus 60
Framboisiers Rubus idaeus 100
Sureau noir Sambucus nigra 100
Alisier torminal Sorbus torminalis 40
Tilleul à petites feuilles Tilia cordata 50
Airelle à feuille étroite Vaccinium augustifolium 100
Airelle à gros fruits Vaccinium macrocarpon 100
Viorne obier Viburnum opulus 50
Glycine Wisteria sinensis 20
Poivrier chinois (simulans) Zanthoxylum simulans 10

Pour déterminer les espèces, j’ai commencé par identifier les espèces fixatrices d’azote que je souhaitais : 4 espèces d’aulnes, des faux indigos, des caraganiers de Sibérie, des oliviers de bohème, des gênets, des lupins, des myriques, des glycines et des arbres de Judée.

Ensuite, j’ai essayé comme expliqué dans un article précédent de choisir des espèces alimentaires pour optimiser le rendement de la future forêt et des espèces locales pour favoriser la biodiversité.

Enfin, j’ai attribué à chacune des espèces choisies une quantité en fonction de la taille minimale des sachets de graines, du taux de germination, de leur caractère épineux ou non (pour limiter un minimum la quantité de plants épineux) et de leurs dimensions, le tout en m’assurant d’avoir un tiers d’espèces fixatrices d’azote.

Nous avons calculé les quantités en fonction des taux de germination que nous avons trouvé sur le site du vendeur ou par des recherches pour les espèces dont nous avons récolté les fruits. Ainsi, par exemple, pour obtenir 50 aubépines, nous avons récolté 500 fruits contenant chacun un noyau car il semblerait qu’en moyenne, seul un noyau sur dix germera.

Bien sûr, il y a la théorie… et la pratique ! Seul l’avenir nous dira si nous réussirons à obtenir 3000 plants !

1 an, le bilan !

21/09/2020

Déjà un an que le projet est né dans ma tête, il est donc temps pour moi de faire un premier bilan.

Si c’était à refaire, qu’est-ce que je changerais ?

Les engrais verts

Pour commencer, avec un peu de recul, je pense qu’il était inutile de semer des engrais verts.

Même au-delà du fait qu’ils n’ont pas poussé, sans doute parce que la terre n’était pas nue (seulement tondue) et que les oiseaux ont certainement mangé une bonne partie des graines, je pense aujourd’hui que semer des engrais verts dans le cadre d’un projet de forêt comestible n’est pas utile.

En effet, ce qu’on appelle la banque de graines du sol, c’est à dire l’ensemble des graines dormantes présentes naturellement dans le sol, permet à ce sol de se régénérer naturellement. Autrement dit, pour améliorer le sol, il suffit de laisser l’herbe pousser sans intervention (peut-être couper simplement une fois par an pour éviter que les ronces envahissent tout et que le lieu devienne infranchissable). C’est ce que nous faisons désormais.

Le semis d’arbres

Le deuxième échec dont j’ai appris concerne le semis d’aulnes et de myriques. Un seul plant a émergé dans le pot censé contenir des myriques, et aucun dans la balconnière où devaient pousser des aulnes. Pour ces derniers à vrai dire, des pousses ont germées puis ont disparu mais je n’ai aucune certitude qu’il s’agissait bien d’aulnes, tout comme je n’ai pas la conviction que le plant qui se trouve aujourd’hui dans le pot où j’ai semé des myriques est bien un myrique…

Est-ce un myrique ?

Là est le premier problème : en laissant les plants dehors et avec si peu de germination, il est difficile de savoir si ce qui pousse est bien ce qu’on a semé ! Des graines ont très bien pu être transportées par le vent ou par un animal et finir par germer.

Le second problème, c’est qu’en laissant des pots en pleine nature et sans protection, il est très probable que les graines ou les jeunes plants soient dévorés… C’est sans doute ce qu’il s’est passé : des oiseaux ou des souris ou autres rongeurs ont peut-être mangé les graines ou bien encore des limaces ont avalé les jeunes plantules.

Dans tous les cas, le taux de réussite est assez proche de zéro pour ces premiers semis d’arbres ! Peut-être même est-il de zéro si la plante que je pense pouvoir être un myrique se révèle être tout autre chose.

Le paillage

Le paillage constitue un troisième sujet sur lequel je ne ferais plus les mêmes choix aujourd’hui. J’expliquais dans l’article dédié que j’avais commencé par pailler mes plants avec du carton et que j’avais changé d’avis et avais finalement opté pour de la bâche plastique en voyant que le carton se dégradait trop rapidement.

Il s’avère que certains plants ont montré des signes de faiblesse suite à la mise en place de la bâche, ce qui me laisse penser qu’elle n’est pas sans impact négatif.

Par ailleurs, la bâche est constituée de fils de plastiques tissés qui, lors de la découpe mais peut-être aussi par l’effet du temps, a laissé des morceaux de fils plastiques verts et noirs un peu partout dans le jardin… J’en ramasse régulièrement depuis pour les jeter. Cet aspect non écologique me dérange.

Ainsi, je pense à l’avenir utiliser plutôt du foin en guise de paillis autour des plants d’arbres et arbustes (foin qui je l’espère tiendra assez bien malgré le vent) et je réserverai la bâche plastique pour faire mourir les herbes en vue de planter des espèces couvre-sols, plus petites (menthes, fraises, etc).

Du foin

Premières pertes

Enfin, dernier point que je souhaite évoquer : les plants qui se sont affaiblis voire qui sont morts.

Le nectarinier n’a de son côté jamais repris après l’hiver. J’ai découvert récemment des galeries souterraines aux abords du nectarinier, à attribuer peut-être à des campagnols terrestres. Mais les campagnols sont-ils venus manger les racines de l’arbre parce qu’il était mort ou ont-ils provoquer la mort de l’arbre ? Je n’ai pas la réponse aujourd’hui. S’ils ne sont pas responsables, j’ai trouvé une autre explication possible : après plusieurs recherches, j’ai découvert que les espèces les plus sensibles au froid doivent plutôt être plantées au printemps afin de ne pas subir un hiver avant d’être bien établies, le contraire de ce qui est conseillé pour les espèces plus rustiques pour lesquelles il est préférable de planter en automne pour qu’elles aient le temps de s’installer avant de subir l’été chaud et sec !

La sécheresse, parlons-en. Elle a causé la mort de plusieurs plants, notamment un genévrier et un argousier. D’autres plants ont également beaucoup soufferts mais ont encore une chance de reprendre de la vigueur : d’autres genévriers, un pommier, le poirier, le quetschier, le myrtillier, un goumi du japon et l’ensemble des noisetiers.

Cet été a été particulièrement sec. Beaucoup plus sec que l’année dernière, qui était elle-même déjà plus sèche que les années passées. Je pense qu’il va malheureusement falloir s’y habituer…

Cela dit, notre impatience à voir la forêt se densifier nous a poussé à planter de nombreux arbres avant d’avoir un système d’irrigation efficace. Pour arroser efficacement chaque plant, j’ai besoin de près d’une heure avec le simple tuyau que j’ai actuellement. Si je devais recommencer, je pense que je commencerais par installer des tuyaux poreux pour arroser l’ensemble des jeunes plants sans trop d’effort. J’ai d’ailleurs commandé 2 tuyaux : mieux vaut tard que jamais ! (Ils serviront dès cette année tant que la pluie ne se décide pas à tomber, et sans aucun doute les prochains étés.)

Une autre chose que je ferais différemment si je devais recommencer : je planterais de nombreux AFI dès la première année. Là aussi, c’est ce que je vais faire avec les 3000 plants prévus l’année prochaine mais je pense que ça aurait été bénéfique de le faire dès le départ.

Conclusion

J’ai appris beaucoup de choses de ces erreurs et de ces essais. D’autres lectures préalables auraient pu m’éviter certaines déconvenues et en même temps il faut bien commencer un jour : me documenter trop longtemps aurait peut-être plus retardé encore l’établissement de ma forêt ! Je ne regrette donc rien puisque c’est justement par l’expérience que j’ai pu avoir ces réflexions.

Avec une importante densification des plants (les fameux 3000), un meilleur système d’irrigation, le foin en guise de paillage, une meilleure protection des semis et la régénération naturelle, je pense que notre forêt va profondément se transformer l’année qui vient !