La forêt comestible

Espèces choisies pour la haie

13/10/2019

Pour concevoir ma forêt, la première étape est de choisir les différentes espèces et variétés.

J’ai expliqué un certain nombre de critères de choix dans le dernier article, mais il y a un critère que je n’ai pas expliqué et qui est pourtant important : le type de feuillage. Celui-ci peut être persistant ou non.

Personnellement, je n’ai pas trouvé d’information sur les périodes pendant lesquelles les espèces sont en feuilles. J’ai donc simplement fait la distinction entre les espèces persistantes et non persistantes.

J’en suis arrivé à la liste suivante :

Code Nom commun Nom latin Hauteur Fixateur d’azote Persistant Usage
#1 Épine vinette Berberis stenophylla 2m50 Oui Oui Fruits comestibles
#2 Chalef Elaeagnus ebbingei 2m Oui Oui Fruits comestibles
#3 Épine vinette Berberis ottawensis 'Auricama' 2m Non Non Fruits comestibles
#4 Noisetier de Russie Corylus avellana heterophylla 3 à 5m Non Non Fruits comestibles
#5 Noisetier commun coudrier Corylus avellana 2 à 4m Non Non Fruits comestibles
#6 Goumi du Japon Elaeagnus multiflora 3m Oui Non Fruits comestibles
#7 Genévrier commun Juniperus communis 1 à 3m Non Oui Fruits comestibles
#8 Arroche rouge opera Atriplex hortensis 2 à 3m Non Oui Feuilles comestibles
#9 Ajonc d’Europe Ulex europaeus 1,5m Oui Oui Allume-feu
#10 Genêt à balai Cytisus scoparius 2,4m Oui Non (Fabrication de balais)
#11 Cassissier Ribes nigrum 1,8m Non Non Fruits comestibles
#12 Quetschier (porte-greffe Pixy) Prunus insititia 3m Non Non Fruits comestibles
#13 Argousier Hippophae rhamnoides 6m Oui Non Fruits comestibles
#14 Citronnier épineux Poncirus trifoliata 3m Non Non Fruits comestibles
#15 Lin de Nouvelle-Zélande Phormium Tenax 3m Non Oui Fabrication de liens/cordage
#16 Aulne vert Alnus viridis 3m Oui Non 3m
#17 Bambou Pseudosasa japonica 4,5m Non Oui Jeunes pousses comestibles
#18 Pommier (porte-greffe M26) Malus domestica 3 à 4m Non Non Fruits comestibles
#19 Chalef d’Automne Elaeagnus umbellata 4,5m Oui Non Fruits comestibles
#20 Caraganier de Sibérie Caragan arborescens 6m Oui Non « Pois » comestibles
#21 Aubépine Crataegus spp1 variable selon espèce Non Non Fruits comestibles
#22 Groseillier à fleurs Ribes divaricatum, aureum, maximoziczii ou odoratum >2m Non Non
#23 Ronce de Chine Rubus tricolor 0,6m Non Oui Fruits comestibles
#24 Salal Gaultheria shallon 1,2m Non Oui Fruits comestibles
#25 Pin nain Pinus pumila 3m Non Oui Pignons comestibles
#26 Pin blanc du Japon Pinus parviflora 5m Non Oui Pignons comestibles

Bien sûr, les hauteurs sont indicatives, elles varient selon les variétés et les conditions de culture. Certaines espèces ont une hauteur qui pourrait paraître incohérente avec ce que je décrivais dans le précédent article, mais :

Petite précision également : idéalement, il faudrait choisir les espèces en fonction du type de sol de son terrain. Maintenant, comme le dit Martin Crawford dans son livre, il est très difficile de respecter tous les critères et il faut forcément faire des choix. Pour ma part, j’ai choisi de ne pas prendre en compte le type de sol pour privilégier d’autres critères : hauteur, usage, feuillages persistants sans pour autant rogner sur une grande diversité d’espèces qui permet théoriquement une plus grande résilience de l’écosystème.

Concernant les usages, j’ai choisi majoritairement des fruitiers. Pour les espèces non fruitières, je les ai choisies pour différentes raisons, pas toujours liées à l’usage décrit dans le tableau :

Une fois les espèces choisies, reste à les placer sur le plan. Ce sera l’objet du prochain article.


  1. spp signifie "plusieurs espèces". ↩︎

Conception de la haie

12/10/2019

J’en ai parlé dans mon dernier article, la première étape consiste à planter une haie destinée à arrêter les vents.

Toujours d’après le livre de Martin Crawford, une telle haie, une fois établie, permet :

En plus de ces avantages non négligeables, on peut maximiser l’utilité de cette haie en choisissant des espèces fruitières, des espèces convoitées des abeilles et autres insectes auxiliaires ou encore des espèces fixatrices d’azote (pour ce dernier point, j’y reviens rapidement un peu plus loin dans l’article et un prochain article y reviendra plus en détails).

Le choix des espèces est une étape primordiale. Heureusement, le livre de Martin Crawford nous guide bien puisqu’il contient en annexe un tableau d’espèces conseillées pour les brise-vents. Je me suis donc basé principalement sur cette liste, en y ajoutant seulement quelques autres espèces que j’ai pu découvrir sur le site pfaf.org, une énorme base de données contenant de nombreuses informations sur des milliers d’espèces végétales.

Pour faire ce choix, je me suis basé sur plusieurs critères. J’ai choisi (majoritairement) des espèces qui :

Premier point à préciser : qu’est-ce qu’une hauteur convenable ? Apparemment, une haie protège entre 7 et 8 fois sa hauteur en longueur. Un schéma vaut mieux qu’un long discours : Zone de protection d’une haie Dans mon cas, la forêt fait au maximum environ 20m de large : ma haie doit donc faire au minimum entre 2m50 et 2m85 de haut.

Deuxième point à préciser : qu’est ce qu’une espèce fixatrice d’azote ? J’y reviendrai plus en détail dans un autre article, mais l’idée à retenir est que l’azote est un élément vital pour la majorité des plantes et bien que représentant 4/5 de l’air sous forme de diazote, il n’est pas assimilable sous cette forme par la majorité des plantes : seules les plantes dites fixatrices d’azote en sont capables et rendent disponibles cet azote dans le sol pour les autres plantes alentour.

Pour que les arbres et arbustes de la forêt ne manquent jamais de ce nutriment, il faut environ 30% d’espèces fixatrices d’azote. Et tant qu’à faire, plus il y en a dans la haie, moins il y en aura besoin à l’intérieur de la forêt et donc plus je pourrai y mettre de fruitiers ! Je vais donc mettre beaucoup de fixatrices d’azote dans la haie.

Cette explication faite, je présenterai dans mon prochain article le résultat de ma conception !

Avant la conception…

11/10/2019

J’ai appris à travers le livre de Martin Crawford comment se construit une forêt. C’est donc parti pour concevoir la mienne.

Dans la mesure où mon terrain est dégagé (il n’est pas en friche), je peux démarrer dès cette année les plantations. Une préparation du sol via des engrais verts pourrait être bénéfique (un prochain article traitera de ce sujet) mais souhaitant avoir des fruits dès l’année prochaine, je ne vais pas en semer cette année.

Une forêt comestible peut, selon sa taille et le budget qu’on souhaite lui allouer, se construire en 1 an comme en 10 ans. Pas de pression pour moi : je suis impatient que ça prenne forme mais ça prendra le temps que ça prendra ! Dans tous les cas, au mieux, en partant d’un terrain vide, il faut d’après Martin Crawford environ 7 ans pour avoir un début d’éco-système stable.

Pour commencer, la première étape de conception consiste à délimiter les contours de la forêt par un brise-vent. C’est très important pour que le vent ne rentre pas trop dans la forêt. Par chez moi, étant en hauteur dans mon village, les rafales peuvent parfois être très violentes et les brise-vents sont donc d’autant plus importants.

Les vents d’ouest, en automne notamment, réduisent la durée de la saison et peuvent mettre fin aux récoltes tardives. Les vents d’est, au printemps notamment, peuvent amener le froid voire la gelée sur les fleurs des arbres fruitiers les plus précoces et réduire à néant les chances que ces fleurs se transforment un jour en fruits.

Si je mets ces nouvelles connaissances en parallèle avec l’existant dans mon terrain : j’ai un vieux pêcher à l’est de mon terrain, qui fleurit assez tôt dans l’année. Cette année, n’étant pas protégé, les fleurs ont effectivement gelées et je n’ai eu aucun fruit. C’est typiquement à l’est de ce pêcher qu’il va falloir planter une haie pour empêcher le vent de printemps de tuer ses fleurs.

On décide d’allouer environ 800m² de notre terrain à cette forêt. On garde au fond un petit espace sauvage. J’ai envie que le fond du terrain corresponde à ce qu’on appelle parfois la zone 5 en permaculture : une zone dans laquelle on ne va quasiment jamais et dans laquelle on n’intervient jamais. L’idée ici est de laisser y pousser ce qui y pousserait naturellement.

Plan de mon terrain

Première étape conseillée : faire un plan à l’échelle de son terrain. J’ai donc pris une vue satellite de mon terrain sur geoportail, je l’ai mis à l’échelle 1:100 (1cm correspond à 1m) et je l’ai imprimé. On y voit les arbres pré-existants, ce qui va aider à imaginer la place des nouvelles plantations. Cette année, l’objectif est de planter les haies sur tout le pourtour de ce qui va devenir notre forêt. Y a plus qu’à !