La forêt comestible

Aulnes et myriques : la stratification

25/01/2020

Dans un précédent article, je disais que je ne trouvais nulle part certains arbres et arbustes et notamment les aulnes verts et les myriques cerifera, jusqu’au jour où je les ai dénichés… en graines.

J’ai commandé ces dites graines en même temps que les engrais verts dont je parle dans l’article dédié et j’ai reçu l’ensemble le 10 janvier.

Pour germer, ces graines nécessitent une stratification. Mais qu’est-ce donc ? Pour bien comprendre, réfléchissons.

Dans la nature, lorsqu’une graine tombe au sol, sous quelle condition va-t-elle germer ? Tout jardinier qui a déjà semé des graines sait qu’il est nécessaire de respecter certaines conditions de température et d’humidité pour augmenter les chances qu’une graine germe. Mais est-ce suffisant ?

En général, les graines de la plupart des végétaux sortent de terre au printemps. Pourtant, les graines sont en général produites par la plante en été et l’automne peut ressembler, en terme de température et d’humidité, au printemps. Or, si ces graines germaient en automne, le plant devrait à seulement quelques semaines d’âge traverser l’hiver et ses conditions bien rudes : froid, gel, neige. Il n’aurait que très peu de chance de survivre. D’autant plus qu’en forêt sauvage, un jeune plant bien vert et très tendre en fin d’automne ou début d’hiver se ferait rapidement grignotté par un lapin ou brouté par un chevreuil passant par là : la verdure devient rare à cette époque de l’année.

Mais puisque la nature est bien faite, certains végétaux ont trouvé une parade : attendre que l’hiver passe et ne pousser qu’au printemps. Leurs graines ne pourront germer qu’après une période de froid. Les plants n’auront donc plus à craindre les grands froids, et auront moins de chance d’être mangées dans la mesure où la végétation est beaucoup plus abondante au printemps.

Les aulnes verts et les myriques à cire ont besoin d’une telle période de froid. C’est ce qu’on appelle la stratification (froide).

L’aulne vert a besoin de 8 semaines de froid et le myrique entre 8 et 12 semaines. Pour simuler l’hiver et rendre possible la germination, on peut simplement mélanger les graines dans du sable légèrement humide et placer le tout au frigo. Après la période de stratification, il suffira de les sortir du frigo et de les placer dans des pots pour que, dans de bonnes conditions d’humidité et de température, la graine donne naissance à un arbre.

J’ai donc placé ces graines dans des sacs congélation remplis de sable humide.

Stratification des graines d’aulne et de myrique

Dans 2-3 mois, elles seront prêtes à être semées ! La suite au prochain épisode.

Les engrais verts

04/01/2020

J’ai évoqué le sujet plusieurs fois sans rentrer dans les détails : que sont les engrais verts ?

Comme leur nom l’indique, les engrais verts sont utilisés comme engrais, c’est à dire qu’ils visent à enrichir le sol. Ils restent cependant 100% naturels : mieux, ce sont simplement des espèces végétales qui enrichissent le sol naturellement par leur simple présence, ou plutôt par leur développement et leur fauchage sur place.

L’idée est simple : on sème des espèces spécifiques qui ont la particularité de fixer l’azote, d’aérer le sol par leurs racines puissantes ou de remonter certains nutriments grâce à leurs racines profondes. Une fois leur biomasse maximale (à la fin de leur développement, souvent quand ils sont en fleurs, leur volume est alors maximal), on les fauche pour les laisser se décomposer sur place.

Avec cette méthode, le sol est aéré par les racines et nourri par la décomposition de leurs feuilles qui ont accumulé des minéraux en profondeur dans le sol, là où d’autres espèces plus intéressantes pour nous n’auraient peut-être pas pu aller chercher.

En permaculture, on utilise très souvent ces engrais verts qui permettent également de ne pas laisser le sol nu. En effet, un sol nu va beaucoup plus facilement se tasser (à cause de la pluie, la neige, la grêle) qu’un sol recouvert de végétaux.

Dans un jardin-forêt, ces engrais verts peuvent donc servir de couvre-sol de transition, en attendant d’y planter les couvre-sols qui nous intéressent davantage.

Plusieurs types d’engrais verts existent : comme expliqué plus haut, certains vont avoir des racines puissantes et profondes, d’autres des racines traçantes qui vont aérer le sol en surface. L’idéal est donc d’utiliser un mélange d’engrais verts. Pour ma part, j’ai commandé un ensemble d’engrais verts sur le site semencesdupuy.com pour composer un mélange constitué de :

Photos de ces espèces dans l’ordre :

Seigle, Sarrasin, Trèfle incarnat, Vesce commune, Moutarde blanche, Lotier corniculé, Lin (composition à partir des photos suivantes : Seigle, Sarrasin, Trèfle incarnat, Vesce commune, Moutarde blanche, Lotier corniculé, Lin)

Pour établir la proportion de chaque espèce, je me suis inspiré de mélanges existants en essayant d’incorporer le plus grand nombre d’espèces tout en minimisant le coût.

Ces engrais verts étant maintenant commandés, je pourrai les planter au printemps ! La suite dans un prochain article !

Aulnes et myriques, de la difficulté à les trouver

21/12/2019

Comme évoqué dans un article précédent, il y a certaines espèces d’arbres que je n’ai trouvées nulle part : ni dans la pépinière proche de chez moi, ni sur internet, même dans certaines pépinières en ligne spécialisées dans les espèces rares.

Parmi ces espèces que je ne trouvais pas, deux arbres fixateurs d’azote que j’aimerais placer pour l’un en haie et pour l’autre au sein de la forêt : l’aulne vert (Alnus viridis) et le myrique (Myrica cerifera).

L’aulne vert, qui peut faire jusqu’à 3m de long comme de large, est un bon fixateur d’azote, comme tout le genre Alnus d’ailleurs. La différence étant sans doute sa taille réduite qui permet d’en placer un grand nombre de spécimens (comparé à un aulne glutineux qui peut monter jusqu’à 25m de haut pour 10m de large !). De pousse rapide, et de port buissonnant, il est très adapté pour être intégré dans une haie et j’en ai donc placé plusieurs sur le plan de ma forêt.

Le myrique, lui aussi un arbre fixateur d’azote, lui aussi un arbre qui pousse très rapidement, est quant à lui plutôt destiné à se situer au sein de la forêt puisqu’il peut monter jusqu’à 9m de haut. Sa largeur limitée, de 3m environ, permet de le placer facilement sans pour autant trop réduire la surface destinée aux fruitiers. Par ailleurs, même si les fruits ne sont d’après mes lectures pas formidables à manger, ils ont deux autres usages plus intéressants :

Schéma représentant les dimensions comparées de l’aulne vert, du myrique et de l’aulne glutineux (à partir d’images entrées dans le domaine public) : Aulne vert, Myrique, Aulne glutineux (L’aulne glutineux, que je pense quand même inclure dans ma forêt, devra être taillé et ne peut donc pas être intégré en grand nombre dans la surface dont je dispose.)

Pour revenir aux deux espèces qui nous intéressent dans cet article, je ne les ai donc trouvées nulle part, jusqu’au jour où je les ai enfin repérées sur internet… en graines ! Même s’ils poussent rapidement, il faudra donc s’armer de patience pour que leur présence marque vraiment les lieux ! (Mais un tel projet de forêt comestible nous force forcément à avoir un autre rapport au temps !)

Bref, c’est en parcourant le web à la recherche de graines d’engrais vert en grande quantité (les engrais verts étant un autre sujet que je traiterai plus tard) que j’ai découvert le site des semences du Puy, une entreprise familiale qui vend bon nombre de graines d’arbres, lianes, engrais verts et fleurs.

Je sais donc enfin comment avoir des aulnes verts et un (ou des) myrique(s) !

Dans le prochain article, je parlerai des engrais verts. Puis je reviendrai dans un prochain article sur ces aulnes verts et ces myriques !